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INTERVIEW DE AM BAHADUR GURUNG

Jacqueline et Michel ont mis en forme cet interview.



 

J&M : On se connaît depuis 10 ans déjà! Tu étais kitchen boy en 1997 quand on est monté à Laprak pour
la deuxième fois avec Sunar et Lalamaya. Tu ne parlais que le népali et aujourd’hui tu es guide francophone.
Tu as accompagné des trekkeurs sur tous les grands itinéraires.

Am : Oui, il s’est passé beaucoup de choses

J&M : Aujourd’hui on aimerait que tu nous parles un peu de la vie au village, pour expliquer d’où tu viens …
Parle nous un peu de ta vie de berger.

Am : On avait une dizaine de vaches, une vingtaine de chèvres et quelques moutons. Mon travail c’était de garder le troupeau. En été, on allait souvent au col du Poussou ou quelquefois beaucoup plus haut,
à 4000 mètres. Il n’y avait pas de bergeries en dur mais des sortes de tentes en bamboo qu’on appelle des « goths ». La nuit on dormait là, au milieu des vaches …On faisait du feu pour éloigner les bêtes sauvages (surtout les ours).

J&M : Tu as vu des ours ?

Am : Oui, trois fois ! Chaque fois j’ai eu très peur. Quand j’avais 12 ans un ours m’a mangé une petite chèvre.

J&M : Les ours attaquent souvent ?

Am : Non, pas souvent. Ils attaquent quand ils sont surpris. On raconte souvent l’histoire de ce berger de Laprak qui coupait les feuilles d’un arbre pour son troupeau (il n’y a pas beaucoup d’herbe en hiver).
Il tapait si fort qu’il a réveillé un ours qui hibernait dans un grand trou sous l’arbre. L’ours a attaqué.
Le berger s’est défendu avec son Kukri et … il l’a tué ! Mais l’ours l’a blessé d’un coup de patte.
Il est rentré tout seul au village et il a guéri mais il lui est resté pour toujours de terribles cicatrices
(il avait un œil au milieu du visage !).

J&M : Il y a encore des ours à Laprak ?

Am : Maintenant il faut aller loin pour trouver la forêt, mais il y a encore des ours oui. L’année dernière (en 2005) il y a eu un accident à trois heures de marche de Laprak. Un ours et trois villageois :
Nor Bahadur, Bim Bahadur et Maïla Bahadur (2 frères) montaient chacun d’un côté d’une colline
et ils sont arrivés ensemble sur la crête ! L’ours a attaqué et il en a blessé un.
Il y a des tigres aussi, j’en ai vu un une fois.

J&M : Et ta famille ?

Am : Mes parents travaillaient dans les champs, plus bas. C’est pas facile parce que nos vingt petites parcelles sont très éloignées. Pour y aller il faut marcher pendant deux heures et demie.
Maya fait encore ça aujourd’hui. Pour aller chercher le bois elle part du village à 3 heures du matin
et elle revient vers 7 heures.

J&M : Elle porte combien ?

Am : Elle ramène chaque fois à peu près 40 kilos de bois. De mon côté quand je l’accompagne,
j’en rapporte 50 kilos. Il y a des enfants qui coupent le bois et qui le fendent (le prix est de 1200 roupies par jour pour 12 personnes).

J&M : Vous faisiez du fromage ?

Am : Non, non ! Pas du tout. Ce n’est pas du tout dans notre culture.

J&M : Qu’est ce que vous mangiez ?

Am : Toujours un peu la même chose : tsampa (farine de céréales grillées), koto ko dero, alu (pomme de terres) Quelquefois je descendais au village, quelquefois c’était papa ou maman qui montait …

J&M : A quelle âge tu as eu tes premières chaussures ?

Am : A 14 ans …

J&M : Tu étais vraiment tout seul là haut ?

Am : Non, non ! Il y avait d’autres bergers. Les troupeaux ne sont pas très éloignés. On s’entend …
On fait les grands déplacements (transhumance) aux mêmes dates.

 J&M : Il t’arrivait quelquefois de descendre plus longtemps ?

Am : Oui, on allait quelquefois à Gorkha pour chercher du riz. On descendait à 10 ou 15 personnes
et on portait des sacs de 50 kilos. Maintenant, ce n’est plus du tout comme ça, on peut acheter son riz au magasin de Laprak.

J&M : Vous dormiez dans des lodges ?

Am : Non, non ! On dormait dehors, comme d’habitude (souvent sous un pipal).

J&M : Tu n’as jamais été tenté de partir chercher ailleurs ?

Am : Maintenant que je suis guide, la vie est moins difficile qu’avant mais je suis souvent loin de ma famille. Mon frère est parti en Arabie Saoudite. Il travaille dans une propriété où on cultive les dattes.
Il fait chaud, le travail est dur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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